Un vieux rêve partagé par plusieurs intervenants de différents organismes de la région a finalement vu le jour à Lachute en février dernier. Le Café Fleur de mai a en effet ouvert ses portes au 619 de la rue Lafleur et permet d’agir comme porte d’entrée vers différents services sociaux pour ceux qui en auraient besoin.
C’est l’organisme Fleur de mai Argenteuil qui est responsable de ce café de rue. Il s’agit du nouveau nom que porte depuis septembre dernier Concertation Habitation Argenteuil qui, lui, existe depuis une quinzaine d’années et qui vient en aide aux personnes qui sont soit en situation d’itinérance, soit à risque de le devenir ou qui sont en extrême pauvreté.
Le projet du Café Fleur de mai était dans l’air depuis plusieurs années mais c’est l’arrivée de la nouvelle coordonnatrice de l’organisme, Mélissa St-Jean, qui a officiellement lancé celui-ci, grâce à une aide financière de Centraide.
« C’est un projet incroyable, un lieu de rassemblement où les personnes marginalisées ou un peu sorties du système peuvent être emmenées par nos travailleurs de rue et où ils peuvent prendre un café, explique-t-elle. En discutant tranquillement avec eux, on peut ensuite les référer vers les bonnes ressources et les faire tranquillement rentrer dans le système s’ils le veulent. »
« C’est un espace qu’il manquait à Lachute si l’on compare à des villes de taille semblable, ajoute Sébastien Dussault, responsable du café. On a un bon tissus communautaire à Lachute mais il manquait un point de jonction à la fois pour les gens et pour que le milieu puisse se parler de façon plus informelle. »
L’idée derrière ce café est que les personnes en situation de précarité peuvent se rendre à cet endroit et obtenir de l’information pour débuter les démarches afin de recevoir l’aide appropriée du service approprié.
« La différence entre aller au CLSC et rencontrer un travailleur social ou venir prendre un café ici pour jaser avec le monde est énorme. C’est moins épeurant ici », illustre monsieur Dussault.
Pour sa part, madame St-Jean précise que n’importe qui peut venir au café, pas seulement les personnes en situation d’itinérance, par exemple ceux qui sont aussi à risque de perdre leur logement. Briser leur isolement est aussi une manière d’aider.
« C’est le Café Fleur de mai mais n’importe quel organisme peut aussi venir utiliser ces locaux, ajoute-t-elle. On a une salle de conférence qui pourra être utilisée par les organismes qui le voudront. »
Le café offre aussi une halte-chaleur, grâce à une aide financière provenant des Mesures hivernales d’urgence du gouvernement provincial : jusqu’à six personnes peuvent y passer la nuit, sous la surveillance d’un intervenant. Même si les grands froids sont passés, le service sera offert à l’année longue.
Lutter contre l’itinérance
Le portrait de l’itinérance en région est assez différent de celui dans les grands centres.
« Ici, l’itinérance, c’est surtout lié à des problèmes socio-économiques, comme un manque d’employabilité, explique Sébastien Dussault qui a déjà œuvré dans le domaine du côté de Montréal. Ici, tout le monde connaît quelqu’un (une tante, un cousin, un frère) qui peut t’héberger quelques temps. En région, presque tout le monde a aussi un char dans lequel ils peuvent vivre. Les cas lourds de santé mentale sont plus attirés par les grands centres, là où il y a des services. Ici, ce n’est pas la même dynamique. »
Fleur de mai Argenteuil offre sept logements d’hébergement d’urgence d’une durée de 0-3 mois. L’organisme voudrait allonger cette période d’hébergement à 0-2 ans.
« Il y a des gens pour qui il manque des aptitudes, comme faire l’épicerie ou cuisiner des trucs simples. On constate souvent que l’on va mettre quelqu’un en logement mais qui n’est pas assez organisé pour être en logement, dit monsieur Dussault. Il y a une question d’apprentissage ou de juste reprendre l’habitude. En deux ans, tu as le temps de voir que c’est possible d’apprendre certaines choses. »
« Quand tu prends quelqu’un de la rue et que tu l’emmènes en logement, en trois mois, tu n’as pas le temps de faire toutes les démarches : faire ses demandes au bien-être social, avoir ses cartes d’identité, suivre une formation pour être plus employable… », ajoute madame St-Jean.
Comme le mentionne Sébastien Dussault, les causes de l’itinérance dans la région sont plus souvent d’ordre socio-économique.
« On cherche des logements pour les gens qui viennent chez Fleur de mai et on regarde les prix, ça n’a pas de bon sens! Tu ne peux pas travailler à temps plein comme commis dans une épicerie et te payer un loyer à Lachute!, lance-t-il. Il y a aussi des logements qui ont besoin d’amour. On a des gens qui nous arrivent en disant que ça fait 2-3 semaines qu’ils n’ont pas d’eau ou pas de chauffage. On a une buanderie et des douches pour permettre à ces gens qui ne sont pas nécessairement dans la rue de combler tous les besoin de base. »
Le Café Fleur de mai vient donc répondre à un besoin important mais trop souvent ignoré par le grand public. Selon la coordonnatrice de Fleur de mai Argenteuil, l’organisme a déjà atteint le nombre de références de l’an dernier.
Quant au café, celui-ci commence déjà à se faire bien connaître dans le milieu. Fleur de mai veut d’ailleurs faire des partenariats avec d’autres organisations pour que celles-ci viennent une fois de temps en temps au café pour rencontrer les visiteurs pour les renseigner sur certains services. Déjà, une caravane de prévention des ITS du CISSS des Laurentides est passée.
L’organisation travaille également à obtenir une certification du ministère de l’Agriculture pour lui permettre de servir de la nourriture.
Le Café Fleur de mai est situé au 619, rue Lafleur, à Lachute et est ouvert de 9h30 à 16h. La halte-chaleur est quant à elle ouverte de 20h à 8h. Tous les services qui y sont offerts sont gratuits. Pour plus de renseignements sur le café ou sur Fleur de mai Argenteuil, visitez sa page Facebook ou composez le 450-331-1235.




