Comme annoncé en août dernier, l’ancien camp scout Tamaracouta est passé à des intérêts privés ces derniers mois. Le nouveau propriétaire a cependant cédé une bonne partie de la propriété à Conservation de la nature Canada (CNC) qui, en partenariat avec la municipalité de Mille-Isles, va protéger près de 300 hectares de milieux naturels tout en maintenant un accès encadré pour la communauté.
Il y avait foule le 20 mai dernier dans l’ancienne cafétéria de la Réserve scoute Tamaracouta de Mille-Isles alors que l’on a procédé à l’annonce officielle de la protection d’une grande partie de la propriété. Le promoteur Éric Desroches, qui a acheté le camp scout, conservera environ 3,8 millions de pieds carrés du site, soit là où les bâtiments sont construits, pour son propre projet de camp d’été. Le reste a été cédé à l’organisme de conservation CNC.
Cette organisation, pour sa part, conservera pour elle-même 122 hectares du terrain au nord, à l’est et au sud-est du lac Tamaracouta ainsi qu’au sud du chemin du même nom. Elle cédera le secteur nord-ouest du site à la Municipalité de Mille-Isles qui le jumellera avec le terrain De Volpi-Groome, situé tout à côté, un terrain de 85 hectares qui a été cédé à la municipalité il y a quelques années déjà comme don écologique. Mille-Isles sera ainsi propriétaire d’un site totalisant 262 hectares (85 du terrain De Volpi-Groome, 177 de la partie de l’ancien camp scout cédé par CNC) qui sera lui aussi mis en conservation à perpétuité, en partenariat avec CNC.
Au total, ce seront 385 hectares de forêts qui seront protégés et accessibles au grand public avec un accès encadré. Mille-Isles et CNC travailleront en partenariat pour l’aménagement de ces accès et la mise en place des mesures de protection sur chacune de leur portion de terrain. L’organisme Éco-corridors laurentiens, spécialisé das la consolidation de territoires naturels dans la région, aidera les partie prenante dans l’élaboration d’un plan directeur qui devrait être finalisé au printemps prochain.
La protection par l’accès
Claire Ducharme, vice-présidente régionale chez CNC, explique que de permettre l’accès au grand public à ces centaines d’hectares de milieux protégés est une façon de pouvoir justement mieux protéger le site.
« Rendre accessible, c’est aussi protéger. S’il n’y a jamais personne qui va sur ces terres, c’est risqué, dit-elle. Si la communauté s’approprie les sentiers, les utilisateurs vont devenir nos yeux et nos oreilles. Ils vont pouvoir nous aviser s’il y a un problème. »
Pour elle, le site de l’ancien camp scout était un endroit qu’il fallait absolument protéger alors que le développement résidentiel en zone de villégiature prend de l’ampleur dans les Laurentides.

« Le territoire du lac Tamaracouta est situé dans un point stratégique, je dirais que c’est comme le cœur battant d’un grand corridor écologique qui relie Oka à Tremblant, illustre-t-elle. On veut protéger cet espace afin que la flore et la faune puissent continuer à prospérer. En protégeant le site, en le rendant accessible de façon structurée, on va pouvoir minimiser les risques d’atteintes à certaines espèces à risque. »
D’après madame Ducharme, le coût total du projet pour CNC se chiffre à 4 millions de dollars, ce qui inclut l’acquisition et le développement du site. La moitié de cette somme provient des deux paliers de gouvernement (1,2 M $ du fédéral, 800 000 $ du provincial) et l’autre moitié, de dons privés et de fondations. De cette somme, CNC a fait don de 1,5 million de dollars à la municipalité de Mille-Isles pour qu’elle procède à l’acquisition de sa partie de terrain.
« C’est un beau succès de mobilisation du privé, de la municipalité et des deux autres paliers de gouvernement. Je trouve ça émouvant de voir cette mobilisation », lance-t-elle.
De son côté, Howard Sauvé, maire de Mille-Isles, était heureux de pouvoir mettre un terme aux tractations entourant le camp scout.
« Ça vient clore près de dix ans de négociations et de situations assez tragiques, a-t-il exprimé. C’est une grande journée pour nous. Ce sont près de 300 hectares qui seront protégés et le camp récréo-touristique va bientôt faire ses preuves. Ce sera un beau mélange respectueux entre le volet commercial et la conservation. C’est extraordinaire. »
Justement, Éric Desroches, nouveau propriétaire du camp scout de Tamaracouta, est heureux de voir le partenariat qui s’est fait avec la municipalité et CNC sur les terrains qu’il leur a cédés. Son projet de rénover l’ancien camp scout et d’y relancer des activités récréo-touristiques va bénéficier de cette entente.
« Je trouve ça magnifique, lance-t-il. Les gens qui vont venir à Tamaracouta vont avoir accès à des kilomètres et des kilomètres de sentiers. La moitié du lac ne sera jamais développé. C’est un excellent partenariat! »
Pour l’instant, monsieur Desroches prend le temps d’étudier ce qu’il aurait à faire pour relancer officiellement les activités du camp. S’il a déjà reçu quelques petits groupes sur le site, c’est surtout l’an prochain que l’on saura exactement quelle vision il donnera au site.
« Cette année, c’est un moment pour se positionner, pour voir ce sera quoi notre vision, clarifier le projet, explique-t-il. On a déjà commencé à recevoir des groupes sur le site. On a eu des scouts qui sont venus camper le week-end dernier. On va prendre le temps de bien réfléchir le projet et s’inspirer du site pour son développement. La première étape de mettre en valeur tout ce qui est déjà bâti. On va venir vivre le site, ce qui va nous donner une vision plus claire. »
Une histoire centenaire
Ouvert en 1912, la Réserve scoute Tamaracouta était l’un des plus anciens du mouvement scout, qui a lui-même été créé en 1906. Au fil des ans, l’endroit a accueilli plusieurs dizaines de milliers de scouts, garçons et filles, notamment lors du grand jamboree pancanadien de 2007.

Malheureusement, à l’hiver 2019, Scouts Canada a décidé de suspendre les activités au camp pour des raisons financières. L’organisation citait notamment des coûts d’entretien de près de 200 000 $ par an ainsi que la nécessité d’investir près de 2 millions de dollars pour rénover les bâtiments du site afin de pouvoir continuer à accueillir les jeunes.
Depuis la fermeture des lieux, divers incidents se sont produits, notamment un incendie en mai 2024 qui a complètement détruit le bâtiment principal ainsi que le vol en 2025 d’un totem réalisé par un artiste de la nation Kwakiutl et donné au mouvement scout dans les années 50.




