Malgré la récente diminution de près de 70% du financement promis par le gouvernement, la MRC va de l’avant avec le programme d’aide à la restauration de bâtiments patrimoniaux.
Lors de la réunion du Conseil des maires tenue le 19 août, la MRC a adopté le premier projet de règlement établissant le programme d’aide financière à la préservation et la restauration patrimoniale de propriétés privées.
Bien que l’importance de la mise en valeur du patrimoine culturel local fasse depuis toujours partie de l’ADN de la MRC d’Argenteuil via divers programmes et appuis, les récents projets de règlements font suite à la réforme majeure du Gouvernement du Québec modifiant la Loi sur le patrimoine culturel en 2021.
Cette dernière découle du rapport du Vérificateur général du Québec qui soulignait dans son audit de performance publié en 2020, des lacunes dans l’intervention, l’encadrement des acteurs et l’exemplarité de l’État en matière de protection du patrimoine immobilier.
Pour pallier ces lacunes, le Gouvernement du Québec a établi de nouvelles obligations et responsabilités aux villes et aux MRC telles que la création d’un répertoire d’immeubles patrimoniaux suivant divers critères du ministère de la Culture et des Communications (MCC) et l’adoption au début de l’année 2026, de règlements régissant la démolition, l’entretien et la restauration d’immeubles patrimoniaux.
Bien qu’en règle générale, pour qu’un immeuble soit considéré comme patrimonial, il doit avoir été construit avant 1940, certaines des maisons citées dans le nouveau répertoire créé par la MRC ont été construites après cette année mais présentent des aspects caractéristiques d’un courant architectural historique, des particularités inhérentes à une époque spécifique, ou une valeur culturelle, historique ou archéologique.
Suivant la nouvelle mouture de la loi, un conseil régional du patrimoine (CRP) a été crée. Constitué de 4 citoyens, 2 élus et d’un expert, celui-ci a le mandat d’analyser, d’étudier et de donner son avis sur toute question relative à la sauvegarde ou à la mise en valeur du patrimoine d’Argenteuil.
Tom Arnold, le maire de Grenville-sur-la Rouge, qui siège sur le comité et dont la famille a été présente dans la région depuis les débuts de la colonisation du territoire d’Argenteuil, reconnait l’importance de la préservation du patrimoine bâti mais déplore le manque de soutien financier pour les municipalités et les propriétaires quant à la mise en œuvre des nouvelles exigences du gouvernement.
«L’intention est bonne mais on nous impose de nouvelles responsabilités et obligations pour lesquelles nous n’avons ni les ressources humaines, ni financières,» dit-il «De plus nous ne souhaitons pas imposer ce fardeau aux propriétaires qui souvent n’ont pas non plus les moyens de se conformer et rénover leur maison ou grange patrimoniale.»
De nombreuses administrations municipales successives de Grenville-sur-la-Rouge ont tenté de préserver la gare de Calumet, érigée en 1877 et citée en 2011 comme immeuble patrimonial.
Et bien que la loi provinciale aille offert un levier intéressant à la municipalité pour obliger la compagnie ferroviaire Québec-Gatineau à effectuer certains travaux de sauvegarde de la structure en 2024 et de la protection du toit, le financement pour revaloriser l’immeuble est insuffisant.
«Nous ne souhaitons pas surcharger davantage nos payeurs de taxes, un bâtiment patrimonial c’est bien mais ce n’est pas un service essentiel comme de maintenir nos 300km de routes carrossables,» rajoute Tom Arnold. «C’est une gare patrimoniale qui appartient à tous les canadiens et nous souhaitons obtenir un financement complet pour sa restauration et mise en valeur».
Le maire de St-André-d’Argenteuil, Stephen Matthews y voit aussi une difficulté, notamment lorsqu’une municipalité veut préserver un lieu historique, tel que l’ancien bâtiment qui abritait le Musée régional d’Argenteuil à Carillon, détenu par Parcs Canada et laissé presque à l’abandon depuis les inondations de 2019.
«La municipalité voudrait l’acheter pour le sauver et le mettre en valeur mais pas sans une contribution du fédéral,» dit-il.
Le dossier est au point mort depuis plusieurs années malgré une grande mobilisation du musée, et de citoyens venus manifester en 2022 leur soutien sur l’ancien site du musée. Même son de cloche du côté de la Fédération Québecoise des municipalités dont les propos ont été rapportés dans un article du Soleil en juin dernier : ‘’Les sommes injectées par le ministère via le PEP sont «insuffisantes» et ne sont pas «conséquentes» à l’ampleur des projets auxquels doivent faire face les MRC’’.
Alors qu’une quinzaine de millions avait été annoncée en mai 2025 pour le Programme d’ententes en patrimoine (PEP) dédié à l’aide aux propriétaires d’un bâtiment patrimonial, les nombreux critères entourant l’obtention de la subvention et l’obligation d’un cofinancement à part égale, en refroidissent plusieurs.
En effet, si par exemple un propriétaire de bâtiment patrimonial peut obtenir jusqu’à un maximum de 750 000$ par année pour une entente de 3 ans, il devra lui aussi contribuer le même montant, en plus des dépenses non admissibles et de l’obligation d’utiliser des matériaux spécifiques qui pourraient s’avérer plus dispendieux que ceux utilisés dans la construction de bâtiments modernes.




