Pourrait-on voir des éoliennes être construites dans Argenteuil d’ici cinq ans? Peut-être, peut-être pas… Hydro-Québec a ciblé la région comme secteur où il serait possible d’intégrer jusqu’à 300 mégawatts (MW) d’énergie éolienne au réseau existant. Cependant, avant de voir ces grandes hélices être installées dans les champs, il sera nécessaire au secteur privé de mener des études à savoir s’il existe réellement un potentiel éolien dans la région, en plus d’obtenir l’acceptabilité sociale.
Le 10 avril dernier, Hydro-Québec a lancé un appel d’offres pour l’acquisition d’énergie éolienne dans le but d’ajouter 1500 à 3000 MW à la production électrique de la province. Les entreprises privées auront jusqu’au 26 février prochain pour déposer leur proposition pour une première phase qui sera mise en service entre 2031 et 2035. La société d’état doit approuver les projets soumis et s’engagera à long terme à acheter l’électricité produite par ces installations privées.
Or, les projets soumis devront se situer dans l’une des régions ciblées par Hydro-Québec. Une douzaine de secteurs du sud de la province, allant de la rive sud de Québec en passant par les Cantons-de-l’Est et Joliette, ont été choisies non pas en raison de leur potentiel éolien mais uniquement en raison du potentiel d’intégrer cette nouvelle énergie au réseau existant.
Dans le cas d’Argenteuil, la région a été ciblée puisqu’un nouveau poste électrique doit y être construit dans les prochaines années, comme nous l’avions annoncer précédemment dans nos pages. Ce nouveau poste permettra de répondre à la demande croissante en électricité de la région, tout en ayant une plus grande capacité de traitement de l’énergie fournit par les installations de production d’électricité, comme la Centrale de Carillon.
Ainsi, Hydro-Québec estime qu’il serait possible d’intégrer dans le réseau jusqu’à 300 MW d’électricité provenant d’éoliennes à partir du nouveau Poste Argenteuil. C’est pour cette raison que dans son appel d’offres, la société d’état stipule que les potentielles futures éoliennes devront être raccordées directement au nouveau poste électrique argenteuillois, qui sera situé sur le chemin de l’Île-aux-Chats à Lachute, ou en dérivation sur la ligne L1121, qui reliera le nouveau poste au secteur de St-Colomban en passant au sud-est de Lachute et du Canton de Gore.
« Ce n’est pas un engagement d’Hydro-Québec ou un objectif d’avoir cette quantité de mégawatts, tient à préciser Jean-Philippe Maldonado, chef éolien, analyses et pratiques commerciales chez Hydro-Québec. C’est uniquement la taille du raccordement qui est possible. C’est une donnée technique. »
Encore un long chemin
Si Hydro-Québec sait qu’il serait possible d’ajouter jusqu’à 300 MW d’énergie à son réseau à partir d’Argenteuil, il lui manque toutefois une information cruciale : le potentiel éolien de la région. Des vents d’une vitesse moyenne annuelle de 6 mètres par seconde et plus (environ 20 km/h) sont requis pour envisager le développement d’un parc éolien.
Or, il reviendra à l’entreprise privée de mener l’étude qui déterminera si oui ou non, Argenteuil a un potentiel éolien intéressant. Si c’est le cas, les promoteurs devront ensuite obtenir l’appui des élus locaux.
« L’acceptabilité sociale est centrale. Seuls les projets qui seront appuyés par une résolution des municipalités concernées pourront aller de l’avant, confirme monsieur Maldonado. Ce sera aux promoteurs de faire les démarches locales : les échanges avec les municipalités et MRC, les consultations publiques et tout ce qui est de la préparation des documents en amont. »
« Les MRC ont aussi un rôle à jouer, poursuit-il. Si le développement éolien ne correspond pas à leur vision du développement du territoire, elles doivent le signifier. Si un développeur propose un projet sans appui formel des municipalités, celui-ci ne sera même pas analysé. »
Il ajoute qu’Hydro-Québec privilégiera les projets qui seront développés en partenariat avec les communautés d’accueil, par exemple si une municipalité devient actionnaire du projet à être développé sur son territoire, ce qui lui permettra de toucher une part des revenus qui seront générés.
Mentionnons par ailleurs qu’Hydro-Québec versera aussi annuellement aux municipalités un montant de 6227 $ par mégawatt qui seront installés sur leur territoire. En guise d’exemple, pour un projet de 100 MW, cela représente une somme de 25 M$ sur 30 ans pour une municipalité. Les propriétaires de terrains sur lesquels les éoliennes pourraient être construites pourront aussi recevoir une somme annuelle pouvant atteindre jusqu’à 40 000 $ par éolienne, selon des ententes privées conclues avec les promoteurs.
Entente avec l’UPA
Généralement, les parcs éoliens sont construits dans des secteurs agricoles, comme c’est le cas pour la majorité des 45 parcs de genre en activité dans la province et ailleurs dans le monde. L’empreinte au sol des éoliennes est relativement minime pour les agriculteurs, soit moins d’un hectare par éolienne. La société d’état souligne aussi que quelques mesures supplémentaires seront mises de l’avant pour réduire l’impact de celles-ci sur les champs en culture.
Notons qu’Hydro-Québec et l’Union des producteurs agricoles (UPA) ont aussi conclu une entente de principe pour mieux encadrer le développement éolien et renforcer la protection du milieu agricole et forestier au Québec. Cette entente prévoit notamment la mise à jour du Cadre de référence relatif à l’aménagement de parcs éoliens en milieux agricole et forestier, incluant les érablières, ainsi qu’un ajustement à la grille d’évaluation des soumissions.
La quasi-totalité des éoliennes utilisées au Québec comptent trois pales et la taille de leur mât varie de 30 à près de 120 mètres. Plus leur taille est grande, plus celle-ci génère de puissance, jusqu’à 7 MW dans le cas du projet éolien de Saint-Paul-de-Montminy, dans Chaudière-Appalaches, dont la mise en service est prévue l’an prochain.




