Vous est-il déjà demandé ce qui advenait des appareils électroniques que vous déposiez à un écocentre ou dans un commerce de récupération pour de tels produits? Dans Argenteuil, plusieurs connaissent Recypro et le CFER de la Rivière-du-Nord qui sont spécialisés dans le démantèlement d’appareils électroniques. Mais que faire ensuite de toutes les pièces obtenues? Une nouvelle pousse, Recytronique, a vu le jour à Lachute et transforme certaines de ces composantes en planches pour patio!
Steve Chartrand, cofondateur et président de Recytronique, connaît bien le marché de la récupération des appareils électroniques : il occupe également le poste de directeur général de Recypro, entreprise de réinsertion spécialisée dans le démantèlement de ces appareils et elle aussi située à Lachute. C’est en voyant ce qui advenait des pièces démontées chez Recypro que l’idée de créer un débouché pour celle-ci au niveau local a germé.
« Quand on démantèle des équipements électroniques, on a du plastique, du métal et des circuits imprimés, note-t-il. On trouvait un peu illogique que l’on récupérait ces pièces d’un point de vue écologique mais qu’on les envoyait ensuite vers d’autres pays ou, dans le cas des circuits électroniques, c’était envoyé dans des cimenteries québécoises pour y être brûlés. »
En effet, si les plastiques et métaux sont facilement recyclables, les circuits électroniques, du fait qu’ils sont composés de plusieurs matières différentes soudées ou collées ensemble, sont plus difficiles à récupérés. Or, il existe ailleurs dans le monde des méthodes pour les recycler au lieu de les brûler, comme c’est actuellement le cas au Québec.
« On a commencé à regarder ce qui se faisait dans les pays qui nous achetaient des circuits électroniques et on a réalisé qu’ils avaient des méthodes beaucoup plus écologiques qui permettaient de les recycler à 100 %, explique monsieur Chartrand. C’est là qu’on a décidé de partir ce type d’entreprise ici car il n’y en a pas actuellement au Canada ni en Amérique du Nord. »
Grâce notamment à une subvention remboursable de 306 000 $ de Développement économique Canada pour les régions du Québec, ce qui représente environ 50 % des coûts liés au démarrage de l’entreprise, Recytronique a récemment lancé ses activités et peut désormais récupérer 100 % des matières qui composent un circuit électronique.
Or, cuivre, fibre de verre
Un circuit électronique comprend plusieurs composants électroniques interconnectés, souvent à travers un circuit imprimé. Les connexions sur ce circuit imprimé sont faites de minces filins d’or, un métal ayant une excellente conductivité électrique. La première étape du recyclage d’un circuit électronique chez Recytronique consiste donc à retirer cet or.
Pour ce faire, on fait appel à… des bactéries! En effet, les circuits sont plongés dans des bassins d’eau contenant un type de bactérie qui décolle l’or de ceux-ci. Un processus secret permet ensuite de retirer l’or de l’eau.
« On s’en va voir en Allemagne d’autres processus avec des bactéries qui pourraient nous permettre de retirer du palladium notamment », indique Steve Chartrand.
Après le retrait de l’or, les circuits passent dans un appareil à tambour à haute température, semblable à une sécheuse. Les composantes qui sont soudées au circuit sont ainsi séparées de celui-ci et peuvent être envoyées à différents recycleurs : bobines de cuivre, condensateurs, supports d’aluminium…

Ne reste plus alors que la simple plaquette de couleur verte en fibre de verre, dénudée de tous ses éléments. Or, dans celle-ci, on retrouve d’autres circuits, cette fois-ci en cuivre. Un appareils déchiquette ces plaquettes et sépare le cuivre de la fibre de verre. Si le métal est vendu, que peut-on faire avec la fibre de verre?
C’est là que Recytronique risque de faire sa marque : cette fibre est passée dans une extrudeuse pour en faire… des planches de patio de composite!
« Quand j’ai vu que ça pouvait se faire, je me suis tout de suite tourné vers ça, raconte monsieur Chartrand. C’est plus concret quand tu montre un produit que tu fais au public plutôt que de dire que ça va ailleurs. »
Selon lui, ces planches sont beaucoup plus résistantes que celles faites avec d’autres matériaux composites et ne contiennent pas d’humidité. Elles sont cependant un peu plus lourdes. Recytronique travaille déjà à élaborer d’autres produits en fibre de verre et a aussi développé un partenariat avec une autre entreprise d’Argenteuil pour récupérer ses rebuts de fibre de verre.
Pour l’instant, ces planches ne sont pas encore disponibles dans les commerces, Recytronique faisant actuellement affaire directement avec des entrepreneurs en construction pour écouler son stock. La production de l’entreprise s’élève actuellement à environ 500 planches de 12 pieds de long par jour.
« On est actuellement en phase de démarrage. C’est beaucoup plus facile de répondre aux besoins d’un entrepreneur qu’à une quincaillerie qui a besoin d’un volume important tout de suite, explique Steve Chartrand. Mais quand on aura pris notre rythme de croisière, on va se tourner vers les quincailleries. »
« Il y a d’autres matières qui ne sont actuellement pas encore recyclées. On commence avec les circuits électroniques mais éventuellement, on va pouvoir traiter d’autres matières qui ne le sont pas présentement », conclut-il.
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